Marie-Thérèse, mon amie de pension

Et c’est bien ce que nous étions dans ces cabarets devenus mythiques, toi avec tes partitions, moi avec ma guitare, apprenant « sur le tas » un métier improbable…
On nous aurait bien étonnées en nous demandant : et dans 10 ans, dans 20 ans, dans 50 ans même, comment voyez-vous votre carrière ? Notre carrière ? C’était un jour après l’autre, marche ou rêve !
Nous étions si jeunes !
Nous le sommes encore tellement !
La scène, cette drogue dure, nous a envahies, nous a cravachées pour nous obliger à tenir droites et aujourd’hui quand je te vois débouler aux lumières avec ton petit air conquérant, je me dis qu’on s’en fiche de l’eau qui est passée sous les ponts.
Tu es une interprète, de cette espèce rare qui traduit, qui transmet, qui embellit les chansons, qui nous les rend familières, ce dont nous avons terriblement besoin.
Tu es irrésistible, tu nous fais mourir de rire et puis tout à coup, tu nous flingues en plein vol d’un Gribouille ou d’un Debronckart de derrière les fagots, qui nous laisse le cœur en miettes et les yeux dans l’eau, quitte à enchainer aussi sec que « ma sœur on n’y touche pas ! ».
Et comme avec le temps, les coups durs et les surprises, la mitraille et les applaudissements, nous sommes devenues un peu comme des camarades de régiment, je peux te le dire ma grande, la quille n’est pas pour demain !


Anne Sylvestre

"Va lui dire à la p’tite" c'est le titre d'une chanson écrite sur mesure
récemment par Anne Sylvestre pour Marie-Thérèse Orain qui sort chez Caminoverde son premier CD


Marie-Thérèse Orain était l'invitée d'Hélène Hazéra dans Chanson Boum
sur France Culture le 4 janvier 2015 :

Emission Chanson Boum sur France Culture

Marie-Thérèse Orain chante "Il m'a dit" (paroles de Marie-Thérèse Orain et Jacques Debronckart, musique de Jacques Debronckart) au Forum Léo-Ferré le 15 octobre 2015 :

Ah ! Les vieilles, c’est plus c’que c’était !
Y en a une, là, qui vient de me retourner une claque monumentale. Une baffe, une vraie !
Marie-Thérèse Orain, qu’elle s’appelle !
En un aller-retour, de chansons étourdissantes et de piano à l’unisson, j’étais presque K.-O. debout.
J’ai vu trente-six chandelles, j’vous jure, faut s’méfier des p’tites femmes ! De toutes les p’tites femmes convoquées dans les chansons de son répertoire : on dirait des victimes et pan ! dans la gueule du macho, du harceleur, du dragueur de p’tite sœur. Mais aussi boum ! dans le foie des conventions, des préjugés et de la mollesse intellectuelle !
Bon, elle n’était pas toute seule, y avait des auteurs aussi dans la bagarre, un surtout, un certain Jacques Debronckart, un teigneux élégant bien connu des services de censure, du temps de Pompidou !
Et puis, la mornifle fut administrée avec la classe nonchalante des vraies Parisiennes, le music-hall dans le sang, le sentiment à fleur de peau, et l’humour au coin des lèvres : qu’est-ce que j’ai dégusté !
Mais je l’avoue, je dois être un peu maso, j’en redemande ! j’ai trouvé ça bon, de me prendre cette beigne !
Parce que là, c’est l’intelligence qui dresse le poing !

Juliette


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